Ris. Ris je t'en supplies, souffles ton orgasme. Euphorises ton visage. Et craquons les fagots, craquons nos petits corps, craquons nos airs fiers, et déchiquetons leur papiers, leur sinistroses. Foutons-tout en l'air, crachons la folie, d'épiphanies aux petits flocons, faut qu'on rit putain, putain qu'on rit et c'est tout .. On ira voler dans les supermarchés, frauder trains sur métros, métros sur trains, putain on se frôlera d'haine, on sera des sauvages ouais, on ira s'éclater la tronche de bars en pubs, de bistrots en restos, et si la nuit est douce on dormira à la belle étoile, et le froid nous fera squatter les auberges de jeunesse et les églises. Viens, allez on s'en va. Viens, vivre ivre. Ivre du vent, de toutes ces particules de terre, de cette lumière, de cette lumière qui force nos paupières à papillonner et s'ouvrir enfin. Allez, rions, allez, même si on en chiale, on s'en s'aime d'autant plus. Nos rires, c'est cette douce mélodie de piano mal accordée, pour nous elle sonnera toujours juste. Nos sourires, c'est ce gosse mal-aimé, ça fait mal à regarder, mais c'est pourtant si vrai. Y a plus d'hallali possible, alors je serais ton poing crispé, je serais ta fureur de vivre, je serais ta larme salée, je serais ton refuge à souhaits, ton taudis à peine, je serais le pollen de ta ranc½ur, ton cancer, ton dealer d'espoir. Allez viens, viens, je serais pas toujours là. Mes mots seront là, mais je serais plus là. Alors ris, juste un peu, juste parce que sans ça j'existe déjà plus. Je suis juste l'écran de fumée, la feuille de papier. Y a plus d'encre, y a plus d'inspiration, tu m'as tout pris, je suis l'écrivain volé, mon âme s'est défenestrée, je suis juste né dans tes yeux, alors je suis un peu comme un fil au bout d'une étoile. Je m'accroche à la beauté, je m'accroche à l'abstrait, je m'accroche à l'éternité. Mais je perds pieds, alors viens. Bouffes mes mots. Ravages mes idées. Écorches la vie, élances la poésie. Les lettres se forment sur ta peau. Les phrases fondent sous ta chair, se dilue la syntaxe et l'orthographe, et le frisson de tes seins font oublier toute grammaire. Tu n'as pas de manière car tu es juste matière. Art, je t'aime, avec toi j'm'en irai sur les sentiers de la perdition. Je suivrai l'errance de mon concret pour plonger dans l'immortalité de la Pensée. Avec toi je ne serais jamais seul. Avec toi je serais multitude, je serais les éléments, je serais mort mais vivant. Allez, viens on s'en va encore divaguer, main dans la main, dans ces obscures contrées.