Comme dans un ballon de baudruche crevé en l'air, j'virevolte en zigzags sur la route de mes pensées. J'élance des bribes de mots, vers le blanc d'un avenir qui s'enfonce en un tumulte pathétique. Celui de la vie ? Non, celui de la récurrence. Si la fatalité se choisit, j'ai choisi de la refuser. Mais c'est alors que surgit en moi, le paradoxe. Du doute existentiel. Non pas du type : « qui suis-je ? Que fais-je ici » etc. Non. Pas ainsi. Le doute, mon doute, se traduit par l'absence de repères. De repères nobles et justes. Absence de sens. Absence de vérité, d'espoir. Mon esprit est un no man's land. Une ville vide. Un corps où chacun des organismes s'entretuent. Où chaque cellule se cancérise pour s'oublier dans d'effluves errances. Chaque idée naissante provoque automatiquement une idée contradictoire. Chaque nouvel argument trouve son intérêt et sa futilité en chaque contre-argument. Je réfute tout. Comme par réflexe. D'où mon abandon progressif du réel. Du concret. Dehors n'existe pas, n'existe plus. Le vent, oui. Les pigments bleu du ciel, les embruns engourdis, les rochers brûlants, les grains de sable et la rugosité de la terre, oui. Mais tes paroles toutes faites, usités au possible, ton sourire de charme, ta gorge nouée par la peur de perdre, et ton bide noué d'avoir perdu, tout ça n'est plus. Plus qu'air lassé. Plus que papier froissé. Des putains de soleils fanés. La pensée dominante me décrirait alors comme vide à l'intérieur, dépourvu d'émotions, de sentiments. Je l'accepte. La pensée élitiste, elle, s'enthousiasmerait de mon brillant détachement des choses futiles, du trop pesant réel. Laquelle des deux caricatures dit vrai ? Est-ce qu'à ce niveau de réflexion, le vrai a encore sa place ? Allons plus loin, la vérité n'est-elle pas ce simplisme manichéen qui obscurcit notre perception de la vie et des gens ?
J'ai pourtant dis non. Non à tout ça. Je vais rejoindre mon ami le fou, au fin-fond d'mon âme aux couleurs fades et écorchées. Ici, réside la Multitude. Quoi d'autres ? Tout ce que je peux imaginer. Une galaxie mauve, un océan difforme, des forêts d'étoiles, des steppes volantes, une savane bleue, des montagnes de parfums, des planètes encore inconnues, des nébuleuses, une voie lactée qui danse tout autour de moi, le cosmos qui se dilate et ondule, l'Univers, ouais l'Univers, tout réside ici. Entre mes deux oreilles, derrière mes tempes, sous mon cuir chevelu, se trouve un insoupçonnable microcosme. Une infinie abysse. Ici, tourbillonne l'Illimité, le Rêve et le Sauvage.
J'ai appris à aimer haïr tout ce qui consiste à brider. J'en éprouve, oh oui j'en éprouve de la rage, de la peine, du dégoût, et de l'indifférence, oui j'en éprouve. Et si la journée vous croyez m'enfermer, les pieds sagement vissés sur le sol de vos lieux de Travail. Si vous croyez que je suis et serais fonctionnaire d'un système, excusez-en l'innocence du mot, pourri. Si votre passion est de glace, si votre passion se résume à de calculs quotidiens. Sachez que chaque seconde, je suis Ailleurs. Sachez que chaque minute je la passe sur mon navire d'abstrait, sur ce radeau de la démence, où je m'envole bien loin de la machinerie humaine. Et je le jure sur l'Enfant qui rêve dans mon bide, au dessus de notre crasseuse impasse, je baiserai toutes les nuits jusqu'à ma dernière les nuages funambules.