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Bien sûr que je me réfugie dans un mutisme cynique et mélancolique. Bien sûr que j'veux plus paraître comme le messie. C'est pas parce qu'on arrive à avoir quelque mots justes, qu'on a raison, qu'on est soi-même Juste. Je ne suis pas quelqu'un de Juste. Je ne serais pas votre sauveur. Je ne prêcherai plus la paix et la tolérance. J'veux plus avoir ce poids sur les épaules, et oui je suis lâche. Les héros tombe bien bas de nos jours hein. Mais chercher quelqu'un d'autre pour assouvir votre idéal. Je ne changerais pas le monde demain. Demain, je me défoncerai la gueule. Comme je sais si bien le faire. Demain, j'planerai dans mon petit monde d'autiste rêveur, dans cette bulle synthétique, qui enveloppe avec tant d'onirisme mes heures et mon c½ur. Non je ne suis même pas triste. Je suis sous anesthésie. Je suis ailleurs. J'ai perdu toute forme d'adrénaline. Même la cambrure de vos hanches ne me procure plus d'endorphine. Je ne chercherai plus une vérité inexistante. Je ne crois pas au destin, pour moi l'homme créée ses instants. Après s'il n'arrive pas à se déconditionner pour faire ses véritables et propres choix, la faute lui revient. Alors, c'est sûr, on n'est pas tous né sous la même étoile, mais croyez-moi je ne suis pas parti du paradis pour en arriver là. Je ne suis pas comme ces gens qui se plaignent sans cesse pour des peccadilles. Je sais que sans mon père je ne serais rien. Que sans mon frère je ne serais plus vivant. Que j'ai eu cette putain de chance de croiser des gens qui m'ont supporté et aidé, alors que mon âme se prostituait sur le bord du néant, que mon corps s'échouait au bras de quelques comptoirs visqueux. D'ailleurs, je ne critique pas comme beaucoup de mes proches, la consommation en tant que telle. Ni l'économie en tant que telle. Ni qu'on coupe des arbres, ou qu'on utilise le nucléaire. Je ne rentrerai pas dans vos clichés faciles et sans fond, pour paraître comme un bon rebelle, bien dans son cadre, bien encadré, prêt pour la photo. Je ne suis pas un concept, je ne suis pas un intellectuel. J'ai eu cette merveilleuse chance de grandir au milieu de livres et de débats, sur la politique, la littérature, la philosophie, la culture. On m'a conditionné à me déconditionner sans cesse, on m'a conditionné à penser par moi-même, à toujours être critique. Mais je ne suis que ce monstre issu de générations et de générations trompés, affublés, désenchantés, issu de millions de pensées, de réflexions et de thèses. Je suis cette créature qui pense machinalement sans jamais vraiment croire. On m'a appris à être conscient, à avoir du recul, à essayer de comprendre le pourquoi. Alors, quand à 10 ans, en regardant la télé, on en vient à se mettre dans la tête d'un sniper à Sarajevo, qui flingue les gosses en pleine rue, tout simplement parce qu'ils ne sont pas serbes, alors on peut se demander si la réflexion n'est pas malsaine, si essayer de trop comprendre ne mène pas au fin-fond d'ces bennes à ordures, où l'on patauge dans le sale et l'obscène.
Plus grand chose n'a profondément de sens aujourd'hui, et je vous assure que le mot profondément n'est pas assez fort. On colle des corps balafrés par la maigreur, sur de grandes affiches, faire de la pub à une marque de fringue qui elle-même incite à l'anorexie. Et cet exemple est le symbole même de ce monde, où chacun fout le feu pour venir après jouer les pompiers. Les gens signent leur contrat de travail avec des entreprises que tout le monde sait néfastes pour l'humanité au sens propre du terme, et après viennent s'indigner d'être licencié, sans s'être au préalable, soucié des activités de sa petite multinationale. Total et Elf, en sont les archétypes. Chacune des deux sociétés, ont magouillé, et magouillent encore aujourd'hui, avec des états corrompus et anti-démocratique, pour pouvoir mieux s'implanter, et avoir le monopole. Quand s'intéresse t-on à la formation de tout ça ? De ces trusts-lobby, qui pourrit le monde à la moelle. Et quand les gens réaliseront que les politiques, de gauche comme de droite, sont liés avec le monde des affaires, qu'ils marchent main dans la main pour leur propre intérêt ? Et s'en foute réellement de l'intérêt commun. L'intérêt commun existerait, il y aurait une plus équitable répartition des richesses. Mais c'est pas le cas. Les gens se font manipulés par ces acrobates de la verve, ces artificiers de la persuasion. Les gens ne savent pas nuancer un bon argument de la vérité. Celui qui parle le mieux, le plus vrai a raison. Il se font soit berné par un pseudo bon-sens aux raccourcis d'idées, soit par la volupté de paroles lyriques. Tout ça me fais bien gerber. J'ai voulu. Sincèrement, j'ai voulu me battre contre tout ça, jusqu'à la mort, mais la réalité m'a mis une grande claque dans la gueule quand elle m'a rappelé de ce qu'il en était. Quand vos propres proches ne cessent de vous dire que c'est le chacun pour soi, qu'ici c'est chacun pour sa gueule et nique sa mère les autres. Et même pas besoin de me le dire, je le vois bien assez, ce triste individualisme, cette pâleur d'âme. Je le vois bien assez, pour porter ce trop-plein de peine et vous crier d'aller tous crever dans vos vies bien couvertes d'½illères.
Je finirai par cette citation crue mais qui exprime bien ma pensée :
"Allez tous sucer des bites en enfer ! "