Un sac de plastique rempli d'eau. Et une drôle de chose qui tournoie dedans. Comme à l'étroit. Massoud ne sera pas un poisson rouge. Massoud s'est battu contre les communistes, être rouge m'aurait paru un peu déplacé. C'est l'excuse que j'ai préparé en tout cas. La réalité, c'est qu'il y en avait plus dans l'animalerie où je suis allé. La vérité est souvent moins belle, moins noble. Alors je mens comme on peint. Je créée. J'ai pris un poisson-perroquet. Il est tout bleu et a une sorte de bec. D'où son nom j'imagine. Il est assez gros, mais la vendeuse m'a dit qu'il grandirait encore. Jusqu'à atteindre une taille de 40 cm. Sacré bestiaux. Si un jour on m'avait dit que j'achetai de la poiscaille dans une autre optique que de la bouffer, j'y aurai pas cru. Mais alors un poisson-perroquet, c'est encore plus tiré par les cheveux.
On s'est donné rendez-vous dans un sushi-bar du 12ème arrondissement. Près de la Nouvelle Sorbonne. J'essaye de me répéter inlassablement que c'est pas un rancard, qu'il faut pas que j'me fasse de films. Alors pour me raisonner, j'me dis que j'veux pas qu'elle m'aime, parce que j'veux pas lui suffire, parce que j'peux pas lui suffire. Bob, ma trompe d'entre-jambes en pensent évidemment tout autrement. Il veut surtout éternuer un coup, ça fait longtemps, rouspète t-il, la tête se balançant de droite à gauche, dans son large habitat de tissu, appelé communément un caleçon. Mon sexe, comme mon corps, comme mon c½ur, ma vie et ma cervelle, se ramollissent de jour en jour. Et elle, elle c'est mon seul espoir de stimulus. Elle est ma seule adrénaline. Celle qui me fait faire des rêves érotiques. Bien-sûr, tout ça je vais bien me garder de lui dire. Elle trouverai ça dégoûtant j'imagine. Mais c'est pourtant bien vrai, et ça me trouble de penser à ça quelques minutes de la voir. Faut que je reste calme. Ne surtout pas bégayer. Et toujours garder le contrôle. Et tout ira bien.
J'ouvre la porte, elle est déjà assise à une table et me fais signe de venir avec un grand sourire. Elle est encore plus belle que ce matin. Elle rayonne. Et fait l'imbécile, des baguettes chinoises dans les oreilles. C'est malin. Et moi qui arrive comme un gros niais, avec mon petit sac en plastique, et mon poisson à bec. À la vue du sac, sa première réaction fut la surprise. Puis le rire. Puis l'accolade et le sourire. Je lui explique l'animal. Elle boit mes mots. Elle apprécie. C'est réussi. Massoud renaît donc en un poisson-perroquet. Quelle ironie.
Une soupe miso nous est servi avec délicatesse. Elle fait du bruit en buvant sa soupe alors j'me moque et on rigole comme des gosses en essayant de faire le plus de bruit possible. Les autres clients nous regardent de travers. À part un gamin, qui veut suivre notre jeu, mais une tape de sa génitrice sur l'arrière-crâne l'arrête net.
Son portable se met à vibrer. Elle esquisse un regard à l'écran et semble perturbée. Elle se lève fébrilement. Et me dit avec une petite voix fragile, qu'elle doit y allée, qu'elle est vraiment désolé. Je lui demande ce qui se passe. Elle me répond que sa s½ur est à l'hôpital. Tout s'éclaire. C'était donc ça ce matin, la crise. Je lui propose de l'accompagner. Elle hésite et finit par accepter. Elle ignore que je suis hospitalophobe. Rien que les odeurs des aseptisants me donne la nausée..