Pouet d'un jour pouet de toujours

Pouet d'un jour pouet de toujours
Mon pote, tu brodes des lampadaires dans mon crâne. Tu me fous des pansements là où ça picote, et tu recouds mon rire, intonations après intonations, fibres de fantaisie après fibres de folie. Allez mon pote viens, viens j'vais te payer un verre, ou deux, ou trois, allez viens on va siffler nos vers sur un petit air de guitare. Allez viens. Mon pote tu fais clignoter des ampoules dans mon c½ur. Et mon bide palpite. Et ma vue s'emballe. Tu pètes et tu rotes, mais t'es mieux qu'ces allumeuses qui s'éteignent trop vite, toi ta fureur brûle toute la nuit. Et on s'frotte les paupières, on s'fait grincer le gosier, on est mal froqué, parce que mal adapté, parce que jamais vraiment adopter. On est qu'nos chemises males repassées, nos gueules froissées, et nos joues pas rasées, et putain c'est déjà le matin. Et les pigeons s'envolent, et les gosses sortent main dans la main. Et nous on est toujours là, dans cette aire de jeu pour enfants, à tourbillonner dans un tourniquet encore à moitié bourré, et on rigole, et on rigole. Merci mon pote, d'être ce mec qui me porte, d'être ce mec qui me borde, merci.

# Posté le mercredi 14 novembre 2007 13:41

Je suis comme une pute. J'vends quelque chose d'mon âme quand elles vendent de leur corps. Je vends ma voix, je traffique mes mots, je brade mes phrases. Je suis une pute du fond comme elles le sont de la forme, entre le dessus et le dessous il n'y a pas tellement de différence.

Je suis comme une pute. J'vends quelque chose d'mon âme quand elles vendent de leur corps. Je vends ma voix, je traffique mes mots, je brade mes phrases. Je suis une pute du fond comme elles le sont de la forme, entre le dessus et le dessous il n'y a pas tellement de différence.
La langue est une contrebasse, elle me fait trembler, vibrer. Y a quelques années j'ai décidé de gribouiller mes espoirs et ma peine sur un bout de feuille grand carreau perforée. J'ai découvert alors ce trottoir blanc où chaque nuit mon âme racole quelques mots, pour la beauté d'une phrase.
J'écris des balbutiements lourds et pompeux, j'en met une tonne pour cacher le manque évident. Je maquille le vide. Mon mascaras c'est la verve élitiste. Les mots savants et compliqués ça a toujours étaient l'outil de l'imposteur, du manipulateur. Je fais de la littérature, mon cheval de troie. Ma plus grande arnaque, mon plus grand mensonge. J'inventerai l'émotion. Je créerai le sentiment. En raclant, en épurant, en frottant mon esprit, mes poussées de syntaxe et mes envolées lyrique, je m'accrocherai le sommet non pas populaire, mais intemporel. Je veux m'inscrire dans le savoir, et la sérénité de la mélancolie. Chatouiller le frisson, faire chialer filles et garçon, arriver au bout du bout, tomber au fond du fond, cracher ma haine, cramer ma vie, éterniser l'éphémère.

Je crèverai le jour où les mots seront fades, où Rimbaud sera vieux et conformiste, je serais mort quand Brel ne gueulera plus dans mon oreille la beauté et la poésie. Si j'écris plus, putain si j'écris plus je crève.

# Posté le mardi 13 novembre 2007 22:57

Modifié le mercredi 14 novembre 2007 06:19

Métro-boulot-prolo-rigolo et autres charmes exquis ( Partie 2 )

 Métro-boulot-prolo-rigolo et autres charmes exquis ( Partie 2 )
Un sac de plastique rempli d'eau. Et une drôle de chose qui tournoie dedans. Comme à l'étroit. Massoud ne sera pas un poisson rouge. Massoud s'est battu contre les communistes, être rouge m'aurait paru un peu déplacé. C'est l'excuse que j'ai préparé en tout cas. La réalité, c'est qu'il y en avait plus dans l'animalerie où je suis allé. La vérité est souvent moins belle, moins noble. Alors je mens comme on peint. Je créée. J'ai pris un poisson-perroquet. Il est tout bleu et a une sorte de bec. D'où son nom j'imagine. Il est assez gros, mais la vendeuse m'a dit qu'il grandirait encore. Jusqu'à atteindre une taille de 40 cm. Sacré bestiaux. Si un jour on m'avait dit que j'achetai de la poiscaille dans une autre optique que de la bouffer, j'y aurai pas cru. Mais alors un poisson-perroquet, c'est encore plus tiré par les cheveux.
On s'est donné rendez-vous dans un sushi-bar du 12ème arrondissement. Près de la Nouvelle Sorbonne. J'essaye de me répéter inlassablement que c'est pas un rancard, qu'il faut pas que j'me fasse de films. Alors pour me raisonner, j'me dis que j'veux pas qu'elle m'aime, parce que j'veux pas lui suffire, parce que j'peux pas lui suffire. Bob, ma trompe d'entre-jambes en pensent évidemment tout autrement. Il veut surtout éternuer un coup, ça fait longtemps, rouspète t-il, la tête se balançant de droite à gauche, dans son large habitat de tissu, appelé communément un caleçon. Mon sexe, comme mon corps, comme mon c½ur, ma vie et ma cervelle, se ramollissent de jour en jour. Et elle, elle c'est mon seul espoir de stimulus. Elle est ma seule adrénaline. Celle qui me fait faire des rêves érotiques. Bien-sûr, tout ça je vais bien me garder de lui dire. Elle trouverai ça dégoûtant j'imagine. Mais c'est pourtant bien vrai, et ça me trouble de penser à ça quelques minutes de la voir. Faut que je reste calme. Ne surtout pas bégayer. Et toujours garder le contrôle. Et tout ira bien.

J'ouvre la porte, elle est déjà assise à une table et me fais signe de venir avec un grand sourire. Elle est encore plus belle que ce matin. Elle rayonne. Et fait l'imbécile, des baguettes chinoises dans les oreilles. C'est malin. Et moi qui arrive comme un gros niais, avec mon petit sac en plastique, et mon poisson à bec. À la vue du sac, sa première réaction fut la surprise. Puis le rire. Puis l'accolade et le sourire. Je lui explique l'animal. Elle boit mes mots. Elle apprécie. C'est réussi. Massoud renaît donc en un poisson-perroquet. Quelle ironie.
Une soupe miso nous est servi avec délicatesse. Elle fait du bruit en buvant sa soupe alors j'me moque et on rigole comme des gosses en essayant de faire le plus de bruit possible. Les autres clients nous regardent de travers. À part un gamin, qui veut suivre notre jeu, mais une tape de sa génitrice sur l'arrière-crâne l'arrête net.

Son portable se met à vibrer. Elle esquisse un regard à l'écran et semble perturbée. Elle se lève fébrilement. Et me dit avec une petite voix fragile, qu'elle doit y allée, qu'elle est vraiment désolé. Je lui demande ce qui se passe. Elle me répond que sa s½ur est à l'hôpital. Tout s'éclaire. C'était donc ça ce matin, la crise. Je lui propose de l'accompagner. Elle hésite et finit par accepter. Elle ignore que je suis hospitalophobe. Rien que les odeurs des aseptisants me donne la nausée..

# Posté le lundi 12 novembre 2007 23:32

Modifié le lundi 12 novembre 2007 23:44

Tequila sunrise

# Posté le dimanche 11 novembre 2007 12:16