Il y a de la neige fondue sur la joue de maman, elle pleure un peu aussi je crois. Mais elle se retient, elle veut pas craquer devant moi. Alors elle me fait un large sourire, des perles aux yeux. Et il y a cette boule lumineuse qui tourbillonne, et ces étoiles rouges et bleues qui dansent. Il neige, et je peux distinguer chaque flocons. Voir pour chacun leur différence et leur fragilité. On devrait vivre comme eux, toujours unique, en une longue chute, virevolter dans les airs, et se poser enfin, délicatement, sur un amas de neige, et ne faire plus qu'un avec elle. En une osmose. Le ciel est bleu. Juste quelques lacets blancs l'en tâchent, ces traînées d'avion gribouillent la feuille. Il y a cette vieille femme qui me parle bizarrement, et qui m'dit avec un ton grave que j'suis autiste. Alors je vais allé dans une école spéciale on m'a dit, avec des gens comme moi, on m'a dit, parce que je serais toujours différent de tout le monde moi, on m'a dit, on m'a dit que ça serait pas facile pour moi, on m'a dit. Et moi je suis devant cet étrange petit écran noir. Où il y a un petit bébé qui gesticule sur une sorte de radar, comme dans les sous-marins des films. C'est mon petit frère qui arrive. Je bouillonne. Même si sur ma face il n'y a que cette grimace qui tente d'être un sourire. Je sens déjà mon esprit se détacher peu à peu de mon corps. C'est comme dans Astérix, je suis un Obélix d'imaginaire, je peux plus en boire parce que je suis tombé dans la marmite de potion magique étant petit. J'arrive à l'école. Un enfant d'mon âge, arrive sur moi, il a une tête bizarre, il a un gros cou, et un immense sourire qui va presque jusqu'aux oreilles. Il me regarde avec ses petits yeux en amande. Ils pétillent. Il se présente : « moi c'est Joël » et il m'enserre dans ses gros bras, et il me tapote dans le dos, en rigolant par à-coups, et malgré toute son affection, je ne suis pas à l'aise, son corps est contre le mien, et ça me fait mal, ça m'arrache de mes pensées. La maîtresse parle de lettres et de chiffres, d'animaux et de formes, mais moi je suis collé à la vitre de la fenêtre. Je regarde les flocons qui dansent.