Adolescente paumée, arborant l'arborescence de l'errance, t'es qui? Et toi? t'as 40 ans sur ton visage, 17 dans ton regard, et ta belle gueule de rebelle écorchée est un poème à la face de c'monde aseptisé. Et quand tu colles le bout d'ton nez entre mes seins, à chialer. moi j'sens mon ventre trembler. Mon épiderme s'imprègne d'ta peine. Moi ? J'suis une lycéenne de 16 ans, et toi ? Une femme mariée de 43 ans. Et ? Et on fait l'amour un soir par semaine dans une chambre d'hôtel miteux, voilà l'unique 'et'. C'est pas l'image de l'idylle idéale. Ouais, peut-être mais t'es la seule qui m'colle des étoiles aux pupilles. Ah c'est gentil et joli, mais toi t'es juste cette poitrine qui m'apaise, ces hanches qui me réconfortent, ses doigts et cette langue qui m'font onduler, je ne t'aime pas, j'te possède. C'est pas grave, moi je t'aime, ça me suffit. J'ai qu'une mère, et elle ne m'a jamais regarder dans les yeux, ni porter quelconque égard, toi tu frôles ton corps au mien, tu me parles, tu me caresses, me câline, m'embrasses, j'avais jamais connu ça...J'te fais vomir ? Nan, tu m'rends amère et mélancolique. C'est bien? Oui et non, ça me picote, ça m'fait craquer l'esprit, j'ai peur. Pourquoi? Parce que ton nombril est rigolo, ton ventre, un lit où j'aime me coucher, et tes yeux, tes yeux .. J'ai peur d'perdre mon plaisir. Pourquoi on s'voit, si tu m'aime pas? Pourquoi tu cherches à m'revoir, semaine après semaine? Je sais pas. J'crois que tu es en en moi. C'est ces étoiles que j'ai collé au fond d'tes pupilles, ma belle. Je veux pas qu'elles finissent en bouillie. Ah c'est d'la pitié? Nan, de la tendresse. Comme avec ta fille ? Dis pas ça, ne gâches pas tout, ne compares pas. Tu sais j'ai toujours eu une vie bien rangée, toujours sage, jamais d'excès, tu m'as révélé. Mais j'ai plus de 40 ans et t'en as 16 putain. Tu sais que notre passion doit rester enfouie sous la couette. J'peux pas vivre avec un drap d'ton sang sur mes épaules. Un jour je t'donnerai plus d'nouvelles. Et les semaines passeront. Je sais que ça sera dur. Que les larmes ne te suffiront plus. Que t'auras envie d'en finir, alors promets-moi, promets-moi de rester en vie. Pourquoi? Moi j'ai qu'cette chambre, cette foutue chambre où chaque objet est à usage unique, où tout objet est jetable. On ne partage qu'instants, moi j'veux qu'l'éphémère dure ou s'achève. Arrêtes. Écoutes-moi : la vie c'pas un film de cinéma, c'pas un jeu, où il y a des gagnants et des perdants, oublies tout c'qu'on t'as appris, même si ça t'fout le vertige, y aura toujours des mains pour une fille comme toi. Puis tu ouvriras tes volets. Y aura des flocons dans le ciel. Et le soleil sera comme hier, simplement beau. Et y aura une fille ou un mec entre tes jambes, entre tes pensées, et ton bide battra la mesure. Tu l'aimeras. Et tu repenseras à nos nuits. Tu souriras. Tu auras compris mes mots d'aujourd'hui. Tu auras compris la vie. Allez. Oublies-moi. Embrasses-moi.